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Entretien avec Osvaldo Micheloud, directeur du département d'électricité de l'ITBA et ancien vice-recteur

 

 

UMAP : Quel rôle peut jouer la formation d'ingénieur dans la résolution de la crise argentine ?
Osvaldo Micheloud : Le monde tourne autour de la technologie. C'est une évidence que l'Argentine l'a trop longtemps ignorée. Les commerciaux argentins sous-estiment la technologie. Les étudiants de San Andrès [célèbre université privée d'économie, ndlr] ne veulent connaître que l'utilisation des logiciels Excel et Word, au mieux ils apprennent à brancher les fils de l'ordinateur. Le gouvernement surtout n'a aucune idée des technologies dont le pays a besoin. Les avocats et les économistes qui ont été à la tête du pays pendant quarante ans n'ont jamais eu aucun contact avec les ingénieurs. Le retard actuel de l'Argentine dans les technologies est en grande partie dû aux mauvaises politiques gouvernementales. Et aucun investissement du FMI ne pourra résoudre ce retard : la solution viendra de l'intérieur.
Je vais vous donner un exemple grave de l'inconséquence du gouvernement en matière de politique industrielle. Il existe depuis 20 ans en Argentine ce qu'on appelle la " rétention " : il s'agit d'un impôt de 20% sur les exportations de produits industriels. Du coup, évidemment, les entrepreneurs et les ingénieurs vont à l'étranger.

UMAP : Beaucoup de vos étudiants partent à l'étranger ?
O.M. : Bien sûr. Nous ne pouvons pas les en empêcher, et je trouve par ailleurs leur attitude absolument naturelle. Pour former des ingénieurs qui deviennent chauffeur de taxi, il y a l'UBA ! Le niveau international de nos étudiants leur donne l'opportunité de compléter leurs études à l'étranger et de faire des carrières prestigieuses et passionnantes. La tentation d'y rester est forte, surtout en ce moment !
Plus profondément, les Argentins ne sont pas attachés à leur pays. Il n'y a pas d'identité nationale en Argentine, contrairement au Chili ou au Brésil : il y a autant de différences entre les provinces qu'entre les pays de l'Union Européenne. Nous sommes un peuple d'émigrants. Un pourcentage significatif des jeunes Argentins (20 % à l'ITBA) ont déjà un passeport de la communauté européenne.

UMAP : Quelle a été votre politique en tant que vice-recteur ?
O.M. : En grande partie, nous sommes restés dans la continuité de la politique qui a fait le succès de l'ITBA. Je me suis particulièrement appliqué à développer les relations internationales. Je suis très fier, par exemple, d'avoir pu nouer un accord d'échange avec l'Université Georgia à Atlanta, qui possède selon moi la meilleure école de génie industriel du monde, et avec le TEC de Monterrey, la meilleure université du monde latin. En France, nous avons noué un accord de double diplôme avec l'INSA (Institut National Supérieur d'Aéronautique) à Toulouse. Polytechnique et SUPELEC nous ont également proposé de mettre en place des accords d'échange, mais je préférais attendre, car le coût de la vie à Paris est trop cher : trop peu d'étudiants de l'ITBA auraient eu les moyens de partir en France.

UMAP : Quelle est la prochaine grande orientation de l'ITBA ?
O.M. : Nous avons l'intention de lancer des programmes d'administration, un peu sur le modèle du TEC. Mais nous n'avons pas l'intention de devenir une école de commerce : San Andrès et Di Tella le font très bien, et nous ne pourrions pas les concurrencer. Nous voulons très précisément former des ingénieurs avec une triple compétence : télécommunications, technologies de l'information et organisation industrielle, le tout avec de solides bases de génie industriel.

Un Monde à penser 2002

 

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