Rencontre
avec Jean-Benoît Hurabielle-Claverie (Schlumberger,
Pékin)

Jean-Benoît et Sandrine
De
Felixstowe à Pékin : l'international
avant toute chose
Un parcours stratégique
Jean-Benoît Hurabielle-Claverie a tout prévu
: "j'étais à la fois attiré
par l'informatique et les mathématiques,
explique-t-il, et au moment de choisir une filière
universitaire, j'ai décidé de commencer
par les mathématiques, partant du principe
qu'il serait possible ensuite de passer à
l'informatique. L'inverse aurait été
beaucoup plus difficile ". Aussi s'inscrit-il
en mathématiques à la faculté
d'Orsay. Quatre ans plus tard, il est titulaire
d'une maîtrise et riche d'une première
expérience étrangère puisque
c'est à l'université de Leeds, en
Angleterre, qu'il a passé son année
de licence dans la cadre d'un programme Erasmus.
" Je suis avant tout parti pour apprendre
l'anglais mais ce premier contact avec l'international
a été déterminant : j'ai
découvert un environnement particulièrement
stimulant que je voulais retrouver par la suite.
" A peine rentré à Orsay, le
jeune étudiant n'a qu'une idée en
tête : repartir. " C'est à ce
moment là que j'ai décidé
de me tourner vers l'informatique : un informaticien
est professionnellement plus mobile qu'un mathématicien.
J'ai donc fait un DESS d'ingénierie des
systèmes informatiques à l'université
Pierre et Marie Curie. "
Compteurs électriques, amour et province
anglaise
Ses diplômes en poche, Jean-Benoît
se met en quête d'un premier poste. "
Je me suis tourné vers toutes les entreprises
offrant des opportunités internationales,
se souvient-il. C'est finalement l'entreprise
Schlumberger qui m'a envoyé à Felixstowe
en tant que stagiaire. Je travaillais alors au
sein de la division RMS (fabrication de compteurs
- eau, gaz, électricité - et services
associés) qui a été revendue
depuis. J'étais chargé de concevoir
des logiciels pour un système de relevé
de compteurs par radio. " L'expérience
l'intéresse à plusieurs titres :
dans ce département rassemblant de nombreux
étrangers, l'ambiance et les méthodes
de travail sont clairement internationales. Par
ailleurs, malgré son statut de stagiaire,
le jeune homme est très tôt responsabilisé
: " deux mois après mon arrivée,
j'ai été envoyé à
plusieurs reprises en mission à l'étranger,
se souvient-il. ". Enfin, il apprécie
tout particulièrement le rythme de vie
très particulier de la petite ville de
province anglaise
et le charme d'une de ses
compatriotes chargée de contrôle
financier chez Schlumberger. Aussi est-il ravi
lorsque son stage se transforme quelques mois
plus tard en CSNE.
Schlumberger joue la carte de la mobilité
Originellement concentré sur le pétrole,
le groupe Schlumberger, en rachetant récemment
SEMA, a développé un pôle
de services informatiques au sein duquel se trouve
notamment une activité " cartes à
puce ". L'entreprise, implantée dans
le monde entier, pratique depuis longtemps une
politique intensive de mobilité. "
A Paris même, souligne Jean-Benoît,
les équipes comptent de nombreux étrangers.
" De fait, les possibilités d'évolution
au sein du groupe sont multiples : à la
fois verticales (les employés progressent
dans la hiérarchie), transversales (il
est possible de changer de " métier
" au sein du groupe) et géographiques
: " l'entreprise envoie volontiers ses cadres
à l'étranger ". Aussi, rien
d'étonnant à ce que la fiancée
de Jean-Benoît, Sandrine, soit mutée
de Felixstowe à Pékin. Plus originale,
cependant, est la politique des " double-carrières
" menée par le groupe.
Déterminée à promouvoir les
femmes et les couples, l'entreprise s'engage à
muter ensemble maris et femmes. Puisque Sandrine
part s'occuper du contrôle financier de
l'activité " cartesGSM" en Asie,
Jean-Benoît exercera ses compétences
d'informaticien à Pékin, au sein
de la même division. Qu'importe si son contrat
de CSNE n'est pas encore arrivé à
sa fin ; il s'achèvera en Chine et sera
transformé à son terme en un contrat
d'embauche classique. Enchanté de cette
opportunité, le jeune informaticien espère
avoir l'occasion d'en saisir d'autres puisqu'il
ne cache pas son désir de " s'orienter,
à terme, vers des fonctions de management
".
La Chine : une rupture radicale
" Le premier obstacle auquel je me suis trouvé
confronté a bien entendu été
celui de la langue, explique Jean-Benoît.
La vie courante est impraticable si l'on ne parle
pas chinois. C'est extrêmement déroutant.
L'anglais est la langue de travail utilisée
chez Schlumberger mais le fait que ce ne soit
dans la plupart des cas la langue natale ni de
l'un ni de l'autre des interlocuteurs donne lieu
à des difficultés évidentes
de communication. " Une fois cette première
barrière surmontée, le jeune homme
se heurte à une seconde difficulté,
autrement plus complexe : " les modes de
pensées et les méthodes de travail
des chinois sont radicalement différent
des nôtres, souligne-t-il : à la
fois fiers et soumis, les chinois hésitent
à affirmer leur autonomie et s'expriment
rarement librement. Pour s'entendre avec eux,
il faut parvenir à se placer sur leur terrain
plutôt que d'essayer de plaquer maladroitement
son point de vue français. Cela ne va pas
de soi
". Pour se faire, Jean-Benoît
qui s'interdit d'évoluer dans un cercle
fermé d'expatriés, se met très
vite au chinois : " au bout de six mois de
cours réguliers, on commence à se
débrouiller correctement
en pratiquant
beaucoup l'art de la devinette ! ". Et il
se réjouit d'avoir fait cet effort : "
cela permet de pénétrer de plain-pied
dans la culture chinoise, de mieux cerner les
mentalités, donc
et tout simplement
de profiter de la vie quotidienne, ce qui est
essentiel "
©Un Monde à
penser 2002
Retour
au sommaire
|