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Rencontre avec Guillaume Jest, directeur financier chez Nestlé, à Shanghai

 

Une vision claire des choses…

L'entreprise : une réalité à apprivoiser
Après des études de droit et un mastère de finance à l'ESCP, Guillaume Jest découvre le monde de l'entreprise : " J'ai toujours été très attiré par l'industrie et la logique d'enrichissement du capitalisme m'amuse, explique-t-il. C'est donc assez naturellement que je me suis tourné vers l'entreprise à la fin de mes études. Cependant je n'avais aucune idée de ce qu'était la vie professionnelle avant d'y entrer. Pire, j'avais une vision erronée des choses et je m'en suis rendu compte à mes dépens " Les débuts, de fait, sont difficiles : " j'avais une conception poétique du travail, se souvient Guillaume Jest, j'étais idéaliste, convaincu que mes collègues étaient motivés par le bien de l'entreprise. J'ai vite pris conscience que la réalité était très différente: dans une entreprise, chacun poursuit son intérêt propre et le naïf n'est pas à sa place. La naïveté est même un défaut majeur en ce sens qu'elle est incompatible avec le pouvoir. Or une entreprise est un lieu de pouvoir au sein duquel le naïf représente un danger pour lui et pour les autres. " D'une première expérience difficile chez l'Oréal, le jeune homme tire trois leçons : " j'ai réalisé qu'il était impératif de se défendre et de se battre en permanence, j'ai revu fondamentalement mon jugement sur les gens et j'ai, enfin, compris que les velléités intellectuelles devaient céder au sens pratique." Fort de ces découvertes, Guillaume Jest travaille ensuite pour les fromageries Bel, puis passe six années enthousiasmantes au laboratoire Servier avant d'être débauché par Nestlé. " En somme, résume-t-il, j'ai toujours travaillé dans des entreprises industrielles produisant et distribuant des biens de consommation et la dimension internationale a été présente depuis le début de mon parcours puisque j'ai eu l'occasion de travailler à Londres et à Rome avant de découvrir Shanghai. "

Une entreprise idéale
Guillaume Jest a 38 ans et la diversité de son expérience en entreprise lui confère un recul certain. Aussi, il est catégorique : " une bonne entreprise, c'est un bon patron, professe-t-il. Un homme impérativement honnête et équilibré, capable de faire confiance mais aussi et surtout un homme doué d'une claire vision des choses. Un bon patron, et j'ai eu l'occasion d'en côtoyer, est capable de définir précisément la mission de son entreprise et sait toujours où il veut en venir. Il est capable de se projeter dans l'avenir et de conduire son entreprise selon une logique claire à laquelle toutes les décisions s'articulent. Je pense que dans la vie professionnelle aussi bien que dans la vie personnelle, il est impératif de savoir où l'on veut aller et d'agir en conséquence. C'est un gage de réussite. "

De l'intérêt du contrôle de gestion…
A son expérience de l'entreprise, Guillaume Jest ajoute celle de l'enseignement en donnant pendant sept ans - parallèlement à son activité principale - des cours de contrôle de gestion à l'ESCP-EAP. " Pour bien enseigner, il faut apprendre tout d'abord à captiver un auditoire, souligne-t-il. C'est une véritable opération de séduction ; une sorte de jeu qui consiste à se mettre en scène. Mais ce n'est pas tout ! Les cours nécessitent aussi une longue préparation. " Et ce temps de préparation, il est d'autant plus ravi de le prendre que la matière l'enthousiasme particulièrement : " l'intérêt du contrôle de gestion ne réside pas dans sa technique - qui est extrêmement simple - mais dans ses enjeux. Le contrôleur de gestion détient des informations ( qu'il doit impérativement être en mesure de délivrer de façon épurée et utile) et il détient par là un pouvoir de sanction : il est en mesure de s'opposer à certaines décisions. Etre compétent en contrôle de gestion, c'est être en mesure de gérer intelligemment ce pouvoir. C'est ce que j'essayais de faire comprendre à mes étudiants. " Il se souvient d'ailleurs avec amusement que " les auditoires les plus réceptifs étaient ceux qui se composaient d'étudiants étrangers "..

Les défis de l'expatriation
Lorsque Guillaume Jest entre chez Nestlé, c'est dans la perspective d'une expatriation : " je devais être envoyé à l'étranger au bout de deux ans ", explique-t-il. Mais les impératifs d'une entreprise ne sont pas nécessairement prévisibles… " Six mois après mon arrivée dans la société, on m'a proposé de partir pour Shanghai. C'était un vendredi et il fallait que je parte le mardi suivant…j'avais quatre jours pour changer de vie ! " Lorsqu'on lui demande ce qui l'a incité à prendre sa décision, Guillaume Jest évoque une formule de François Dalle : " réussir sa vie, c'est savoir saisir les opportunités ". " Pour être en mesure de saisir ces opportunités, il faut avoir l'esprit préparé, ajoute-t-il. Et ce n'est pas si évident. L'expatriation est déstabilisante et peut s'avérer néfaste, elle agit toujours comme un révélateur. Les Ressources Humaines de chaque entreprise devraient systématiquement prendre la mesure des facteurs humains pour minimiser les risques liés à l'expatriation. "
Ainsi, en février 2001, Guillaume Jest s'installe à Shanghai. " C'était très dur se souvient-il, mais cela représentait pour moi une sorte de défi et j'étais en quelque sorte animé par l'idée que je faisais ce que j'avais voulu faire. Et professionnellement, tout était justement à faire : j'ai du monter la direction financière de l'antenne locale de Nestlé. Quant à ma vie quotidienne chinoise, j'ai mis presque un an avant d'être en mesure d'en profiter. Je suis à présent sous le charme de Shanghai ; conquis par cette ville contrastée, à la fois ultra moderne et exotique. Fasciné par l'histoire de la Chine, je suis impressionné de voir que les Chinois sont parvenus à surmonter les horreurs de la révolution culturelle. Leur appétit de croissance et leur volonté de s'ouvrir au monde génèrent aujourd'hui un enthousiasme palpable et stimulant. Cet enthousiasme fait la force de la Chine. "

Travailler en Chine… avec des Chinois
" Comme en Europe, et peut-être comme partout dans le monde, il est impératif, en Chine, d'être respectueux et honnête avec ses collaborateurs et de leur donner des responsabilités, précise tout d'abord Guillaume Jest. En revanche, certaines particularités apparaissent rapidement : si les chinois ont de l'humour, ils sont durs, voire impitoyables, et ce trait de caractère surprend souvent les occidentaux pétris d'humanisme. En Chine, la faiblesse et la gentillesse sont péchés mortels : celui qui a fait une faute doit payer et celui qui ne sait pas punir est un faible. Les chinois attendent de leurs dirigeants une attitude de " seigneur féodal ", aussi faut-il savoir s'imposer pour se faire respecter, tout en étant d'une politesse extrême. Les états d'âmes sont exclus, il faut être astucieux et fort - ce qui ne dispense pas d'être juste - si l'on ne veut pas se faire broyer. "

Essentielles ouvertures
Guillaume Jest a eu le privilège de découvrir le monde très jeune ; il n'a pas quinze ans lorsqu'il accompagne ses parents en Inde et au Népal : " J'ai vu la misère et les merveilles d'une civilisation millénaire, raconte-t-il, j'ai découvert concrètement l'immensité du monde, cela peut paraître idiot aujourd'hui que la mondialisation est une chose acquise, mais pour moi, ces premiers voyages ont été autant de révélations et je sais gré à mes parents de m'avoir appris à observer les choses de façon positive, sans jamais céder à la facilité du jugement hâtif ou de la condescendance. J'ai conservé de ces expériences un goût particulier pour le voyage et une méfiance farouche envers tout dogmatisme. " Plus encore peut-être que le voyage, l'aventure est essentielle dans la vie de Guillaume Jest qui est fier, à juste titre, d'avoir gravi notamment l'Aconcagua - le plus haut sommet des Andes - et le Kun, dans l'Himalaya. " La montagne est magique. L'affronter est dangereux et inutile, c'est une dépense énorme de temps et d'énergie, un plaisir purement égoïste, mais c'est aussi un bonheur inégalé, des moments rares, merveilleux et gratuits dans une ambiance de camaraderie très spéciale. Il est essentiel, je crois, de sacrifier du temps à ce genre d'aventure inutile et exaltante. "

Un conseil aux jeunes diplômés
" Les jeunes diplômés sont souvent naïfs en dépit de leurs stages et de leurs connaissances. Aussi, je leur conseillerais de faire leurs premières armes professionnelles sur le terrain, dans quelque domaine que ce soit. Cela confronte à une réalité immédiate et radicale et, par dessus tout, cela forme le caractère. D'autre part, il me semble important, d'apprendre, très jeune, à cultiver sa curiosité et à observer une grande discipline intellectuelle. Les lectures sont primordiales et je recommanderais en particulier les mémoires des grands hommes qui ont su mettre leurs actions quotidiennes au service d'une certaine vision des choses. Tous les jeunes diplômés devraient avoir lu les Mémoires de Jean Monnet ! "


E-mail : guillaumejest64@yahoo.com

©Un Monde à penser 2002

 

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