Rencontre
avec Sylvain Gasquet, contrôleur de gestion
chez Carrefour Argentine
Diplômé de l'ESCP-EAP
en 2001, Sylvain GASQUET effectue en ce moment
un V.I.E.* à Buenos Aires. Le poste de
contrôleur de gestion qu'il occupe chez
Carrefour fait de lui un observateur privilégié
des répercussions de la crise argentine
sur l'économie du pays en général
et sur l'immense entreprise française en
particulier. Entretien.
Quel parcours t'amène jusqu'ici ?
Diplômé de l'ESCP-EAP en 2001, j'ai
souhaité apporter rapidement une dimension
internationale à mon parcours. Au cours
de mes études à l'ESCP-EAP, j'ai
opté pour la formule " apprentissage
" qui permet aux étudiants d'occuper
un poste opérationnel en entreprise tout
en suivant le même cursus académique
que les autres. Je suis donc rentré dans
le Groupe Carrefour dès septembre 1999
en tant que chargé d'étude Expansion
dans l'une des filiales supermarchés. Après
3 mois d'expérience " terrain ",
j'ai occupé un poste de contrôleur
de gestion junior jusqu'en août 2001. Entre-temps,
je suis parti 3 mois en accord d'échange
universitaire à Prague et l'intensité
toute relative des cours aidant, j'ai pu effectuer
un stage parallèle en contrôle de
Gestion chez Carrefour Tchéquie. C'est
cette courte expérience en République
Tchèque qui m'a convaincu de repartir à
l'étranger au sein du Groupe Carrefour.
Le groupe, implanté dans 27 pays et soucieux
de proposer rapidement de larges possibilités
d'évolutions à l'international compte
d'ailleurs dans ses rangs de nombreux V.I.E.*
et C.S.N.E.**. C'est dans ce cadre que je me retrouve
en Argentine, rattaché au " Contrôle
de Gestion pays ".
Pourquoi avoir choisi l'Argentine ?
Après l'anglais et l'allemand, je désirais
apprendre une nouvelle langue et travailler dans
une zone où Carrefour occupe un rôle
prépondérant dans une économie
locale " relativement instable ". L'Argentine
correspondait parfaitement à ces critères
d'autant plus que Eric Reiss, le Directeur Financier
de Carrefour Argentine souhaitait mettre en place
rapidement de nombreux chantiers internes. Ainsi,
je travaille presque uniquement sur des projets
transversaux, ce qui évite toute routine.
La forte autonomie dont je dispose me permet entre
autres de mettre en place, en collaboration avec
les différents opérationnels, de
nouveaux outils d'aide à l'analyse dans
un cadre en perpétuel changement. Ces outils
sont primordiaux pour fixer un cadre d'analyse
et des méthodologies dans une situation
extrêmement incertaine et complexe.
Quelle est la situation de Carrefour en Argentine
?
Carrefour s'inscrit précisément
aujourd'hui dans cette logique de gestion de la
complexité. Présent depuis 1976
en Argentine sous 3 formats différents
(Hypermarchés, Supermarchés et maxidiscount),
le groupe est le premier employeur du pays et
occupe près de 30% de parts de marché
depuis la fusion avec Norte opérée
en 2001. Dans le scénario économique
actuel, Carrefour bénéficie d'atouts
considérables par rapport à ses
concurrents locaux souvent asphyxiés financièrement
mais aussi par rapport à d'autres entreprises
françaises implantées dans d'autres
secteurs " non alimentaires ". Cependant
la crise sans précédent que traverse
le pays (27% de chômage, 54 % de la population
en dessous du seuil de pauvreté, une inflation
latente et une dévaluation depuis janvier
de plus de 70%) s'avère d'une violence
inouïe et affecte bien évidemment
Carrefour dans la mesure où il est difficile
de fonder beaucoup d'espoirs sur l'avenir du marché
argentin.
Les magasins Carrefour, comme beaucoup d'autres
" foyers alimentaires ", a été
pris d'assaut par la population lors des manifestations
sanglantes des 20 et 21 décembre derniers.
Gérer dans ces conditions représente
un défi permanent et le groupe s'est engagé
à s'impliquer fortement dans la reconstruction
du pays : il n'est pas question, donc, de mettre
la " clé sous la porte ".
Que retires-tu personnellement de cette expérience
?
Vivre et travailler au milieu de ces évènements
représente très égoïstement
un enrichissement formidable. Cette expérience
unique s'inscrit bien évidemment dans un
projet professionnel précis au sein de
Carrefour mais elle dépasse largement le
cadre de mon travail. Découvrir une nouvelle
culture représentait aussi pour moi un
élément important de cette expérience.
Par chance, le football est un sport que je pratique
depuis de nombreuses années et quelques
parties entre collègues ont vraiment facilité
mon adaptation. Cela ne m'a pas empêché
d'être frappé par l'enthousiasme
délirant que soulève ce sport :
ici Maradona est considéré comme
un dieu et chaque match amical est disputé
comme s'il s'agissait d'une finale de coupe du
monde.
Plus sérieusement, il est évident
que cette expérience est un atout certain
pour l'avenir car il s'agit d'être en permanence
à l'écoute des événements
pour savoir réagir avec suffisamment d'anticipation
aux différents problèmes. Une des
valeurs fondamentales de Carrefour repose d'ailleurs
sur ce principe ; son fameux " quart d'heure
d'avance " en fait une entreprise formidable
en termes d'ambition et d'innovation. C'est précisément
ce qui m'attire chez Carrefour : l'esprit d'initiative
et la possibilité de s'exprimer pour apporter
en permanence de la valeur ajoutée.
* Volontariat à l'International en Entreprise
** Coopérants du Service National en Entreprises
©Un Monde à
penser 2002
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