Le point de
vue d'un éducateur du Centre universitaire
culturel de l'UNAM : quatre questions au père
Didier Leurent
Comment percevez-vous l'évolution du
système universitaire mexicain ?
Le système éducatif Mexicain a subi
l'impact du boom des naissances des années
60 - les Mexicains sont aujourd'hui plus de 100
millions contre 42 en 1965 ! De fait, de nombreux
établissements ont été construits
en hâte et pendant des années, la
qualité de l'enseignement a été
reléguée au second plan. Maintenant
que la population jeune est stabilisée,
il n'est plus nécessaire de faire place
à l'urgence et l'on peut à nouveau
se préoccuper de la qualité. C'est
dans ce sens que s'oriente la réforme éducative.
Quoi qu'il en soit, l'éducation est par
définition toujours à repenser.
L'UNAM évolue-t-elle également
dans ce sens ?
L'UNAM est depuis toujours une institution de
prestige au Mexique, mais elle n'a pas été
épargnée par la gigantesque croissance
de la population et devant la massification des
étudiants, le niveau a beaucoup baissé.
L'UNAM possède 9 écoles préparatoires
comptant de 8000 à 9000 élèves
chacune et 5 colegios. Tous les étudiants
issus de ces établissements ont un accès
direct à l'UNAM, c'est-à-dire qu'ils
n'ont pas besoin de passer l'examen d'entrée.
Ils sont nombreux et, de fait, il ne reste que
peu de place pour les nombreux étudiants
qui doivent obligatoirement passer l'examen. C'est
pour cette principale raison que le niveau de
l'UNAM a baissé ces dernières années
mais on observe aujourd'hui une prise de conscience
et une réelle volonté d'améliorer
la qualité de l'enseignement. De gros efforts
sont faits dans ce sens.
Le Mexique est un pays traditionnellement
catholique et fervent, comment le ressentez-vous
dans vos activités ?
En effet, les Mexicains, comme les habitants de
l'Inde, sont très religieux. Ce sont même
les deux peuples les plus " religieux ".
Mais la religion au Mexique est très peu
structurée car elle a longtemps évolué
en marge de la société : au XIXème
siècle, les francs-maçons ont sécularisé
l'Eglise mexicaine. Aussi, depuis Benito Juarez
et jusqu'en 1990, l'Eglise mexicaine n'était
pas officiellement reconnue. Je me souviens avoir
été obligé de changer mes
papiers en 1965 pour ne pas arriver au Mexique
en tant que prêtre. Notre mission actuelle
consiste précisément à "
éduquer " cette religion trop souvent
ignorante.
Avez-vous le sentiment de répondre
à une demande des jeunes ?
Il me semble que la jeunesse est beaucoup moins
" engagée " qu'il y a trente
ans. Politiquement, c'est assez frappant : lorsque
le subcomandante Marco (c'est le leader du mouvement
rebelle du Chiapas) est venu faire une conférence
à l'UNAM en 2000, il a fait un véritable
" tabac " mais les jeunes n'iront pas
pour autant aider les Indiens du Chiapas.
D'un point de vue religieux comme d'un point de
vue politique, il n'y a pas de réelle implication
des groupes. En revanche, il y a une vraie demande
des individus. Cela nous ouvre une marge de manuvre
et nous permet petit à petit de créer
des noyaux sur lesquels nous pouvons compter.
Il nous faut pour cela aller sans cesse au-devant
des étudiants, et nous allons nous efforcer
ces prochains temps de paraître davantage
en habit religieux (en habit blanc de dominicain)
pour mieux signaler notre présence.
didierleur@infosel.net.mx
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l'UNAM et le
CUC, centre culturel de l'université
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