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Reportages dans les universités : Hongrie
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Le Collège Eötvös

Le Collège Lorand Eötvös, à Buda, rive droite de Budapest, forme les élites intellectuelles hongroises depuis sa création en 1895. Son fonctionnement s'inspire directement de celui de l'Ecole Normale Supérieure de Paris. Comme ceux de la rue d'Ulm, les étudiants d'Eötvös se destinent, du moins en principe, à l'enseignement et à la recherche, avec un niveau de formation " bien au-dessus de la moyenne. " La grande liberté laissée aux étudiants dans le déroulement de leurs études, la sélectivité du concours, la passion de l'esprit critique ont fait du collège, sous l'occupation communiste, un foyer de résistance de l'élite éclairée.

Eniko Sepsi et Janos Bollok

Bartok Béla, une des grandes artères de Budapest à proximité du Collège

 

" L'esprit sert librement "

Son fondateur, Joszef Eötvös, voulait créer une institution d'enseignement supérieur libérale et tournée vers l'Europe pour s'opposer au caractère monastique des universités de l'époque, à " l'esprit de caserne prussienne. " Ses relations privilégiées avec la France et en particulier avec l'Ecole normale parisienne ont favorisé les échanges d'étudiants, de lecteurs et de professeurs. Le linguiste Aurélien Sauvageot y passera huit ans, au terme desquels il rédigera son grand dictionnaire franco-hongrois. De nombreux artistes, poètes et écrivains ont suivi les cours du collège : le compositeur Zoltan Kodaly, l'écrivain Dezso Szabo ou le cinéaste Bela Balazs. Pendant plus de cinquante ans, les élèves deviennent enseignants, le collège grandit en taille et en réputation, le corps et l'esprit se renouvellent…

Mais en 1951, les communistes, ennemis de toutes les formes d'élitisme, veulent se débarrasser du collège et de ses traditions : le concours est supprimé et la presse, dans une campagne de dénigrement, dénonce son " autonomie spirituelle ". Le bâtiment de la rue Ménesi est alors converti en simple foyer d'étudiants mais, grâce aux anciens élèves devenus professeurs à l'Université, l'esprit survit. " Les collégiens, comme l'écrira plus tard Matyas Domokos, historien de la littérature, même s'ils étaient peu nombreux, ont joué un rôle aussi important que les hormones dans le corps humain " Dès 1958, le collège fonctionne à nouveau comme internat spécial. Son directeur, Gabor Toth rétablit le concours malgré la tutelle du pouvoir.

En 1991, le collège retrouve son statut indépendant, mais ses difficultés financières le contraignent en 1995 à se rattacher à l'Université Lorand Eötvös. Un article du Magyar Nemzet publié à l'occasion de son centenaire dit avec ironie : " Jusqu'à quand l'esprit peut-il servir librement ? - cela dépend essentiellement des possibilités financières. "

Après la " percussion crânienne "

La " percussion crânienne ", c'est le concours d'entrée, uniquement oral, qui s'étale sur trois jours et au cours duquel les professeurs et anciens élèves sélectionnent avec soin leurs futurs camarades d'ateliers. Pour avoir été aimablement logés pendant les 8 jours de notre séjour à Budapest dans les chambres de l'internat, nous avons pu faire l'expérience de l'esprit familial et enthousiaste qui anime le collège : jusqu'à deux ou trois heures du matin, les étudiants poursuivent leurs recherches dans la salle informatique, ou se réunissent dans leurs chambres pour écouter de la musique. Les " familles " - chambrées composées d'étudiants et de professeurs occupés par le même domaine d'étude - organisent leurs séminaires, leurs tutorats, les cours magistrats et les colloques de manière entièrement autonome. Les études, partagées entre groupes de recherches et tutorats, servent comme à l'école normale de complément aux cours de l'Université.

 

 

 

L'escalier central

Sur les rives du Danube

Ouverture et avenir

L'esprit européen du collège n'a pas disparu aujourd'hui : ses relations avec les instituts français et italiens ainsi qu'avec l'institut Goethe, ses accords avec la Scola Normale de Pise et l'Université d'Heidelberg, l'enseignement de huit langues étrangères jouent le jeu de l'intégration européenne. Les liens avec la France doivent quant à eux encore se renforcer : " Nous voulons relancer un grand projet de coopération avec l'ENS sur le modèle de la convention de 1918, qui permettrait l'échange permanent de livres et de documents, de professeurs et de lecteurs. Nous essayons en ce moment de créer un poste de lecteur assuré de façon permanente par un normalien. " explique - dans un français parfait - Eniko Sepsi, la directrice adjointe du collège. Un jeune normalien, Raoul, qui s'est pris d'affection pour le collège et y passe autant de séjours qu'il peut, est candidat à ce poste : " Un statut de lecteur permanent permettrait de renouer des liens forts avec la France, et aussi de faire mieux connaître le collège aux étudiants de la rue d'Ulm qui ignorent parfois jusqu'à son existence. C'est très dommage, car le collège Eötvös et la ville de Budapest gagnent à être connus ! "

Il n'en reste pas moins que, comme l'ENS, Eötvös est confronté à ma précarisation de la profession d'enseignant. " Les professeurs ne sont pas assez payés en Hongrie. De plus en plus d'étudiants s'orientent vers l'industrie ou le fonctionnariat, secteurs dans lesquels la notoriété de notre collège leur garantit un salaire plus que confortable. " s'alarme Eniko Sepsi. La première urgence est donc de renforcer le statut des professeurs de lycées et des chercheurs. La raison d'être du collège en dépend. Le directeur actuel, Janos Bollok avoue qu' " il est très difficile d'assumer la position de directeur, car le collège a un passé très riche. Je dois m'efforcer de maintenir les objectifs fixés par mes prestigieux ancêtres. "

 

 

© Un Monde à penser 2002

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