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PUC
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L'UFRJ
Université
géante entourée de favelas
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Aujourd'hui, le campus de l'UFRJ
est en fête : on accueille les nouveaux
étudiants. Une musique assourdissante ébranle
l'immense campus situé à l'écart
de Rio de Janeiro, et des banderoles de bienvenue
ont été accrochées aux façades
des facultés. Devant le département
de lettres, des étudiants se prélassent
au soleil, attablées aux quelques buvettes
qui entourent les bâtiments. Malgré
l'apparence vétuste des édifices,
la lumière qui s'infiltre par de petits
jardins intérieurs éclaire agréablement
les couloirs les plus reculés.

Des premières heures de
la matinée jusqu'à seize heures,
les cantines et les cours ne désemplissent
pas d'étudiants oisifs. Explication : aujourd'hui,
les professeurs ne donnent pas cours. " Aujourd'hui
n'a rien d'exceptionnel, explique Danielle Cavalcanti,
jeune étudiante en linguistique, l'année
dernière, les professeurs ont fait grève
pendant plus de quatre mois. Pour les étudiants,
c'était la fête tous les jours !
" Et la grève a repris cette année
: malgré l'augmentation du taux d'inflation,
les salaires des professeurs restent bloqués.
Si la plupart des étudiants profitent de
ce temps libre pour se consacrer à leurs
loisirs, certains d'entre eux participent aux
manifestations aux côtés des professeurs.
Les plus studieux (et les plus riches) compensent
l'absence de leurs professeurs en prenant des
cours privés proposés par les étudiants
doctorants. Les étudiants de la faculté
de lettres n'auront pas de vacances d'hiver cette
année pour rattraper le retard.
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Danielle Cavalcanti
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Une université auréolée
de gloire
L'UFRJ est la plus grande université
fédérale du Brésil. 3500
professeurs, 9000 fonctionnaires et 55 000 étudiants
qui travaillent dans 42 facultés et 9 hôpitaux.
Elle est représentative à la fois
de l'excellence du système public d'enseignement
supérieur brésilien et de sa sélectivité
: l'examen d'entrée - le " vestibular
" - y est particulièrement redouté,
et seuls sont reçus les étudiants
issus des lycées privés ayant suivi
un enseignement secondaire d'une qualité
suffisante. Malheureusement, elle souffre du mal
des universités publiques brésiliennes
: grèves à répétition,
immobilisme de la bureaucratie et une tendance
à vivre de gloire passée. Une gloire
qui est incontestable.
Première université
fondée au Brésil, en 1920, l'UFRJ
est le symbole de l'indépendance retrouvée.
Libérée de la tutelle portugaise,
elle prône la liberté de pensée
et s'en donne les moyens. Très tôt,
dans les années 30, elle s'oriente vers
la recherche scientifique, ce qui lui a valu dès
les années 50 une reconnaissance internationale
notamment en biophysique, en biochimie puis en
" mécatronique " (mécanique
électronique). La devise de l'UFRJ est
éloquente : " Ici, on enseigne parce
qu'on recherche. " Le développement
des sciences sociales, bien que retardé
par la dictature militaire, a sous l'impulsion
du dernier recteur, José Henrique Vilenhos,
connu un nouvel essor, en particulier dans le
domaine de l'anthropologie sociale. Enfin, la
faculté de musique qui offre un enseignement
résolument classique est extrêmement
réputée. Le grand compositeur Villa-Lobos,
notamment, en est diplômé.
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Mais un avenir incertain
L'avenir est des plus incertains.
" L'université tombe en ruines "
explique Sonia Zynger, professeur d'anglais. Le
gouvernement semble avoir cessé d'investir
non seulement dans le salaire des professeurs
mais aussi dans les infrastructures. Or, l'UFRJ
dépend entièrement des budgets que
lui alloue l'Etat au niveau fédéral.
En ce sens, elle est plus difficile à gérer
que les universités d'Etat, comme l'Université
de Sao Paulo, dont le financement est assuré
par l'Etat de Sao Paulo.
Surtout, selon Sonia Zynger, " les étudiants
ne s'impliquent pas dans la vie universitaire.
Sitôt leurs cours finis, ils rentrent chez
eux. Beaucoup trop d'étudiants ne suivent
que les cours du soir. Une fois diplômés,
ils oublient tout bonnement l'Université,
contrairement aux Américains par exemple.
" Une déclaration que les étudiants
trouvent injuste : " Si nous ne participons
pas plus à la vie universitaire, c'est
parce que nous devons travailler à mi-temps
pour payer notamment notre loyer " explique
Julia Grillo, étudiante en anglais. En
effet, l'UFRJ est un campus sans logement, ce
qui oblige les étudiants à retourner
tous les soirs à Rio de Janeiro. Or la
plupart des étudiants de l'UFRJ, attirés
par le prestige de la vieille université,
n'en sont pas originaires, ce qui les oblige à
trouver un endroit pour vivre sur place
La solution que le recteur a tenté d'apporter
est de développer l'enseignement à
distance. Mais outre les nécessaires investissements
technologiques, l'implantation du e-learning a
été ralentie par les résistances
de l'administration : " cela fait huit ans
que j'essaie de développer des cours sur
Internet, mais la commission n'a validé
que deux d'entre eux, la géographie et
la mécanique. Et même ceux-là,
qui sont prêts depuis deux ans, n'ont toujours
pas été appliqués. Je dois
avouer que je ne comprends pas pourquoi. "
explique-t-il.
Pour José Henrique Vilenha, en effet, le
problème vient de l'administration. Pour
lui, l'UFRJ a un rôle essentiel à
jouer dans le système universitaire brésilien,
qui ne diplôme que 1 étudiant pour
un professeur, lorsque la moyenne mondiale est
de 4 pour 1. " Seuls 7,7 % des 18-24 ans
sont scolarisés dans l'enseignement supérieur,
et parmi ceux-ci, 39 % échouent en cours
de route. " Partisan de l'enseignement de
masse, il voudrait que l'université baisse
le niveau du " vestibular " pour donner
accès à l'Université aux
étudiants qui n'ont pas pu s'offrir de
cours privés. Un objectif que les étudiants
aussi bien que les professeurs regardent d'un
il suspicieux, remplis de crainte que la
qualité de l'enseignement diminue. Autre
défi : l'université fédérale
n'a jamais eu à évaluer les performances
de son enseignement. Mais l'année dernière,
le gouvernement a décidé de soumettre
tous les établissements d'enseignement
supérieur à un contrôle de
qualité. Conséquence, le recteur
peaufine avec ses collaborateurs la première
brochure de présentation de l'UFRJ, dévoilant
pour la première fois dans son histoire
toutes ses caractéristiques.

Julia Grillo   
               
           
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Le recteur entouré de
ses collaborateurs
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Cours privés
pour les enfants des favelas
Consciente du rôle
que doit jouer l'université publique dans
le développement social du pays, Edione,
directrice du département de langues, a
trouvé une solution alternative à
l'augmentation du nombre d'étudiants. Les
jeunes doctorants en anglais se rendent dans les
favelas de Rio pour y donner des cours gratuits.
Non seulement cette démarche bénéficie
de façon évidente aux enfants déshérités,
mais elle participe à la formation des
futurs enseignants. Dans un premier temps, ces
cours étaient subventionnés par
l'université. Mais les crédits ayant
été interrompus, l'activité
a cessé pendant deux ans, de 1996 à
1998. Elle a été relancée
de manière autonome par le département
de langues, grâce à un modèle
de financement intelligent : les jeunes doctorants
donnent des cours privés à bas prix
aux étudiants des classes moyennes, ce
qui permet au département d'acheter du
matériel audiovisuel, des livres et des
cahiers pour les plus pauvres. Même, certains
enfants des favelas viennent suivre leurs cours
sur le campus. " Cela leur donne une idée
de la façon dont fonctionne l'université,
et la volonté de postuler à l'examen
d'entrée " explique Edione.
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