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Reportages dans les universités : Japon
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Sophia University - Sacred-Heart - Tokyo Daigaku - MBA de la Fondation Renault - L'enseignement de l'anglais

 

Tokyo Daigaku : Les privilèges de la tradition

 

Le Mémorial : un musée ultramoderne en souvenir de la tradition

On ne peut parler de l'Université de Tokyo qu'avec respect et admiration : les hommes politiques, les chefs d'entreprise, les meilleurs chercheurs… tous y ont fait leurs études. Harvard, Stanford, Cambridge, Oxford, Imperial College, l'Ecole Polytechnique de Paris, les Mines, Centrale, l'ENS… toutes les universités auréolées de gloire à travers le monde ont noué des accords d'échange avec elle. Elle est depuis sa création numéro un dans le classement des universités japonaises sur lequel se fonde aveuglément le recrutement des entreprises. Elle possède enfin deux hôpitaux et onze instituts de recherche qui, de l'océanographie aux rayonnements cosmiques, explorent tous les domaines de la science.
Car l'Université de Tokyo, avant d'être l'outil de sélection de l'élite japonaise, est une université de chercheurs. Tous les ans, un nouvel institut ou un nouveau centre est créé. Presque la moitié des étudiants y font un PhD après leur mastère. D'ailleurs, les étudiants de Tokyo Daigaku partagent tous le rêve, si difficile à réaliser, d'y être professeur. " Nous n'aimons pas le monde de l'entreprise, explique Ayako Shizuka, étudiante en anglais, les professeurs sont plus indépendants et peuvent consacrer leur vie à la recherche. " Ce qui n'empêche pas par ailleurs le secteur privé de participer au financement de la recherche (pour un montant qui représente environ un cinquième du budget total), selon deux modalités : soit en créant des chaires au sein même des usines ou des laboratoires de recherche, soit en envoyant à l'Université leurs propres chercheurs afin de leur faire suivre une formation spécifique. L'Université de Tokyo est plus que toute autre institution au Japon le symbole de l' " Entente Cordiale " (pour reprendre l'expression de Jacques Sauterre dans La France au miroir du Japon) entre les secteurs privés et publics japonais.

 

Le campus de Hongo

Dans le quartier de Hongo-Sanchomé, il n'y a pas de touristes, ni de pubs ou de boîtes de nuits pour les attirer. Mais il y a le campus principal de l'Université de Tokyo, dont la plupart des bâtiments, construits dans les années 60, ne suffisent pas à dissimuler l'ancienneté : la porte rouge, Akamon, qui sert d'entrée principale, puis le hall des conférences, et ces jardins égarés entre deux facultés, hérités du XVIIème siècle, convoquent la tradition. De fait, le campus a été bâti sur le domaine d'un seigneur féodal, dont les principaux éléments ont été préservés. Le gymnase surtout, accolé au terrain de base-ball et d'où s'échappent les cris stridents des adeptes du Taikwendo, et aux fenêtres duquel sèchent des kimonos, plongent l'étudiant en échange dans l'émoi. " J'ai d'abord été impressionné puis tenté par ce sport, explique David McGower, étudiant irlandais à l'école d'économie, mais je me suis rendu compte de son caractère traditionnel inaccessible. Ce n'est pas un sport, c'est une cérémonie ! ". En effet, le spectacle ne manque pas d'exotisme… Tous les ans, en mai, les étudiants undergraduate organisent le festival " Gogatsu-sai " ouvert au public et qui donnent aux futurs étudiants un goût de la vie universitaire.

 

 

L'entrée de l'université

Le bâtiment principal de l'Université

Coopération internationale

La dernière décennie a été, pour l'Université de Tokyo, une période de remise en cause et d'ouverture internationale. Mais une institution de cette ampleur et de ce rang ne coopère avec l'étranger qu'à sa manière et met un point d'honneur à tout orchestrer. Pas de MBA, donc, ni de programme de double diplôme… mais un don unilatéral que le Japon offre à ses voisins. La déclaration de principe du JICA (Japan International Cooperation Agency) en témoigne : " Cultiver le potentiel humain des pays en voie de développement. "
Néanmoins, certaines des activités internationales de l'Université de Tokyo méritent d'être mises en valeur : l'AGS (Alliance for Global Sustainability), notamment, se consacre au développement durable. Ses programmes sur cinq ans, menés en collaboration avec le MIT de Boston, l'ETH en Suisse (Instituts fédéraux de technologie), et dernièrement avec l'Université de Technologie Chalmer en Suède, résument en trois axes les enjeux écologiques de la modernité : eau, énergie et transports. Les résultats des études sont divulgués auprès des organisations gouvernementales, non-gouvernementales et privées soucieuses de développement durable, sous forme de rapports, ateliers et conférences.
A un niveau moins élevé, et qui concerne les étudiants de premier cycle désireux de découvrir cette institution prestigieuse, l'AIKOM offre des programmes en anglais de courte durée (jusqu'à six mois) qui, pour la plupart, sont dédiés à la culture japonaise.

 

L'érosion d'un modèle

Tout ce qui précède est vrai et méritait considération, mais le premier regard qu'on porte en simple visiteur sur Tokyo Daigaku, conforté par les opinions diverses que nous avons recueillies, est plus nuancé : car l'Université représente un modèle passé de mode. L'administration impose une hiérarchie implacable dont les rares professeurs étrangers souffrent, les étudiants, assurés d'un avenir glorieux, " dorment en cours ", les professeurs sont des notables dans les mains desquels repose l'avenir de leurs étudiants… Et le directeur des relations internationales refuse d'être photographié ou cité.
Quelle est la réalité de l'Université de Tokyo ? Des étudiants ayant passé avec succès des examens standardisés extrêmement sélectifs, et " choisis pour leur manque d'esprit critique ", selon Patrick Blanche, des professeurs qui se désintéressent de leurs cours au profit de la recherche… Conformément au système universitaire japonais, l'Université de Tokyo délivre des diplômes qui n'ont de valeur que par son nom. Peu importe ce qu'on y apprend ou ce qu'on y enseigne, les entreprises se chargeront de la formation pratique… et morale. " Les matières que nous choisissons n'ont aucune importance, nous devons simplement faire en sorte d'obtenir de bonnes notes, " témoigne Ayako Shizuka.

 

 

 

    Les étudiants de l'élite ont laissé tomber l'uniforme

Un campus rouge et vert

Reste à savoir combien de temps durera le privilège de la tradition ; l'exigence croissante des entreprises étrangères dont la présence est rendue vitale par la crise et la révolte lancinante des étudiants de plus en plus individualistes devraient jouer en faveur du changement. Mais les évolutions sont lentes au Japon, et Tokyo Daigaku a encore de nombreuses années devant elles à occuper la première place du classement. Et les réformes suscitées par Takeshi Sasaki, le nouveau recteur, ne vont pas dans le sens de la révolution : création d'une école de " Frontier Sciences " et d' " Information interdisciplinaire " (liant les humanités et les sciences), et augmentation négligeable des coopérations avec les entreprises… Selon un extrait de son discours d'introduction sur les objectifs de l'Université de Tokyo pour le nouveau millénaire : " Je crois fermement que, dans le futur également, du moins s'il n'y a pas de changement majeur de circonstances, Tokyo Daigaku continuera à contribuer à la recherche… " Il reste à espérer que ni la privatisation prévue par le gouvernement d'ici quatre ans ni la crise économique qui menace de s'approfondir au Japon ne font partie des " changements majeurs de circonstances " auxquels Takeshi Sasaki fait allusion… Il est vrai qu'au Japon, seuls les typhons et les tremblements de terre servent de facteurs au changement.

 

Ce qu'ils en disent :

" L'université de Tokyo a toujours été au centre. C'est une petite ville au sein d'une grande. " Junko Sugimoto, professeur d'anglais à Sacred-Heart University.

" Même diplômée de Tokyo University, une femme japonaise peut passer ses quatre premières années en entreprise à servir le thé " Nathalie Gigandet, general manager chez Nissan.

" Les professeurs de Tokyo University sont des notables. Je suis general manager chez Renault, et je n'ai pas de bureau individuel. Mon mari, qui et professeur à l'Université de Tokyo a son bureau, sa bibliothèque, et le salaire d'un cadre. " Nathalie Gigandet.

" A Tokyo, le niveau des lycées privés est élevé grâce à la pression qu'exerce Tokyo Daigaku. " Ayako Shizuko, étudiante en anglais à l'Université de Tokyo.

" Il n'y a aucune relation entre ce que nous apprenons et l'emploi pour lequel nous postulons ", un étudiant en économie à l'Université de Tokyo.

Le taikwendo, un sport violent et cérémonieux

© Un Monde à penser 2002

 

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