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Reportages dans les universités : Japon
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Sophia University - Sacred-Heart - Tokyo Daigaku - MBA de la Fondation Renault - L'enseignement de l'anglais

 

Le MBA de la Fondation Renault : une tentative originale d'ouvrir le Japon à la culture française

 

La fusion historique de Renault et Nissan en 1999 comportait deux enjeux de taille : le premier était purement économique, et Carlos Ghosn, nommé par Louis Schweitzer pour opérer la transition, l'a relevé en un temps record : deux ans seulement pour redresser le géant japonais de l'automobile ; le second est culturel : pour que la réussite de l' " Alliance " survive au temps, il est nécessaire que les deux pays apprennent à se connaître. C'est dans cet objectif qu'a été créée la Fondation Renault en mars 2001.

Le projet ? " Diffuser et promouvoir la culture française à l'étranger ". Et au Japon pour commencer. Le moyen : financer un programme MBA orchestré en commun par les universités de Dauphine et de la Sorbonne. 25 étudiants en 2001, 50 en 2002, sélectionnés parmi huit des meilleures universités japonaises, sont partis pendant un an suivre en France une formation de management… entièrement en langue française. Lorsqu'on considère la connaissance que les étudiants japonais ont de la France et a fortiori de la langue française, on est en droit d'être sceptique…
L'investissement de Renault est conséquent puisque l'entreprise prend en charge les frais de scolarité des étudiants (1000 Euros par mois) et la totalité de leur séjour. Le programme qui comprend un mois d'enseignement intensif du français, un mois de "découverte " en Europe, six mois de cours à la Sorbonne et à Dauphine, puis quatre mois de stage au groupe Renault, n'aurait rien de révolutionnaire s'il ne s'agissait du Japon, où l'idée même de stage en entreprise était inconnue il y a deux ans seulement.
" J'ai été la première a embaucher des stagiaires ! explique Nathalie Gigandet, general manager chez Nissan, au début, ils me prenaient pour une folle mais depuis un an, l'idée s'est vite propagée. " " Nous n'avons pas l'habitude, dit timidement une employée japonaise de Renault à Tokyo. C'est très bien, mais c'est difficile de s'y faire… " Le projet est donc audacieux mais le succès précoce du programme prouve la curiosité et l'enthousiasme des Japonais à l'égard des méthodes de management françaises. " Avant, l'étranger, c'étaient les Etats-Unis, souligne Nathalie Gigandet. Grâce à la Fondation Renault, nous montrons que la France existe et qu'elle a une conception propre du commerce. "
Le choix de Dauphine et de la Sorbonne n'est pas innocent et va dans ce sens. Que les deux universités aient été sélectionnées pour jouer le rôle d'ambassadrices de la France n'a rien d'étonnant : la Sorbonne garantit, par sa renommée internationale et son caractère emblématique, l'attrait du MBA ; et Dauphine apporte son savoir-faire dans sa matière privilégiée : l'économie. Mais la stratégie est plus subtile encore: pourquoi en effet, puisqu'il s'agit de management, avoir choisi deux universités dont l'enseignement est académique avant tout, plutôt qu'une école supérieure de commerce ? Pourquoi pas HEC ou l'INSEAD ? Sans doute d'abord parce que le Japon et la France partagent cette tradition académique en matière d'économie, ce goût de l'enseignement magistral et des nobles institutions, qui confèrent à l'Université de Tokyo comme à la Sorbonne toute leur grandeur : les écoles de commerce n'existent pas au Japon. Mais aussi et surtout car la culture économique française, telle qu'elle veut se démarquer aujourd'hui du monde globalisé, est restée keynésienne, et que Dauphine et la Sorbonne enseignent l'histoire de l'économie avant sa pratique. Et ce parti-pris a tout pour séduire les étudiants japonais.

Un Monde à penser 2002

 

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