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Reportages dans les universités : Argentine
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Di Tella - San Andres - UBA - ITBA - Di Tella vs UBA

 

Di Tella

 

Les nouveaux locaux de l'Institut

 

Le nom de Di Tella est aujourd'hui associé à cette université privée coûteuse de Buenos Aires qui forme les étudiants argentins les plus riches aux sciences économiques et politiques dans un environnement privilégié et des bâtiments luxueux.

Rien de bien original a première vue, donc : des écoles de commerce d'excellence, il s'en trouve dans la plupart des pays. Mais c'est ignorer le passé de cette institution d'enseignement supérieur, celui d'un institut de recherche en art et en sciences sociales qui a secoué et presque ébranlé le pouvoir politique de Peron en luttant contre sa corruption ; celui de l'école d'art avant-gardiste dont sont sortis les plus grands noms de la peinture argentine. Et si les années ont passé, l'université Di Tella revendique encore aujourd'hui son statut marginal et son esprit critique envers les institutions politiques argentines. " Nous voulons redevenir l'alternative à l'UBA pour la formation des élites politiques " explique Annabela Maudet, directrice du recrutement.

L'institut Di Tella a en effet marqué l'histoire intellectuelle et artistique de l'Argentine des années 60 " Tous les artistes de l'avant-garde y ont fait leurs classes, explique Anabella Maudet, il n'existe pas de peintre argentin aujourd'hui qui ne s'inspire de l'art et de la manière de l'Institut " A la grande époque de l'industrie florissante, de l'ouverture internationale et du bouillonnement intellectuel, l'Institut est le lieu d'où naissent tous les débats idéologiques, toutes les idées révolutionnaires et toutes les contestations. "

Son créateur et mécène, l'industriel Torcuato Di Tella, immigré italien considéré comme le Henri Ford national y investit avec générosité tout l'argent que ses automobiles lui ont fait gagner. Puis l'arrivée au pouvoir de la dictature militaire met fin aux activités de l'Institut. Fermé pendant presque vingt ans, et poursuivant de façon clandestine ses activités d'enseignement, il rouvre ses portes en 1991 sous l'impulsion de Gerardo della Paolera en tant qu'université. Docteur en économie de l'Université de Chicago, son idée est d'importer en Argentine le modèle universitaire anglo-saxon qui a produit Cambridge, Oxford, Harvard ou Stanford. Il crée donc une université sur les ruines de l'institut, dont les anciens locaux abritent les premiers cours (administration et économie) donnés par un corps professoral restreint (trois professeurs en 1992 !).

Un des tableaux de l'exposition permanente de l'Institut

 

Emily Stern : la directrice des programmes internationaux

Au fond, un vieux modèle de voiture " Di Tella "



Mais son succès donne rapidement à l'université une ampleur digne de sa qualité : le corps professoral compte aujourd'hui 49 professeurs permanents dont 80 % sont titulaires d'un PhD (" 80% de nos professeurs ont fait leur PhD dans les vingt meilleures universités du monde " précise Anabella Maudet avec une certaine fierté). Et de 52 en 1992, le nombre d'étudiants est passé à 1100. Elle déménage rue Minones, dans un bâtiment ombragé qui mêle un confort propice au travail et une atmosphère de culture et de jeu (les murs sont couverts de toiles de maîtres, dons de l'Institut à l'Université qui font exposition permanente, et la salle de détente possède un vieux piano, deux baby-foot, une table de tennis… et un ancien modèle de voiture Di Tella.)
Surtout, elle noue aujourd'hui des accords d'échange avec un corpus prestigieux d'universités à travers le monde : citons parmi elles Stanford University (USA), University of Texas (USA), Fondation Getulio Vargas (Brésil), WHU Koblenz (Allemagne), HEC (France), IEP de Paris (France), EHEC (Canada), Bocconi (Italie), London Business School (Angleterre), Erasmus (Pays-Bas).
L'université possède aujourd'hui huit départements : architecture, Business, Economie, Histoire, Droit, Mathématiques statistiques, Sciences politiques, Relations internationales, et " Gouvernement " (qui est aux sciences politiques ce que le Management est à l'économie.) Elle compte encore s'agrandir et proposer à long terme des cours de sciences exactes, pour devenir enfin ce qu'elle est : une véritable université.

 

 

Etudiante en science politique, première année " Bien sûr, notre école est excellente "

 

Entre deux examens

   

Rencontre avec Anabella Maudet, directrice des admissions de l'Université Di Tella

 

UMAP : Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel, et avant tout, pourquoi parlez-vous français ?
A.M. : J'appartiens à une famille d'immigrants français de la moitié du XIXème siècle, dans laquelle la langue française a tout simplement perduré de génération en génération. Mon parcours est assez original : je n'ai fait aucune étude universitaire, car je voulais étudier la sociologie, la sémiologie et la linguistique. Or ces matières étaient interdits par le gouvernement de l'époque, ou plus exactement elles étaient des usines à produire des idéologues au service du pouvoir. J'ai en effet terminé mes études secondaires en 1978 pendant la dictature militaire. J'ai donc commencé à travailler pour gagner ma vie. Puis, pendant 10 ans, j'ai travaillé pour l'aide humanitaire à l'UNESCO et dans différentes ONG, dans le domaine du développement durable. Je suis allé dans tous les pays francophones, le Rwanda… Mais j'ai fini par craquer : j'avais l'impression de mettre des pansements à des malades en phase terminale. J'avais alors le choix entre revenir à la lutte politique, ou à la base : l'éducation. J'ai envoyé mon CV au fondateur de Di Tella, et me voilà.

UMAP : Pouvez-vous nous donner une vision d'ensemble du système d'enseignement supérieur argentin ?
A.M. : L'Argentine a longtemps été riche d'une classe moyenne forte et mobile, et ce grâce à un enseignement professionnalisant de très bon niveau qui permettait une grande flexibilité des carrières. Mais la crise économique a créé une fracture dans la classe moyenne : depuis 5 ans, les opportunités de carrière se sont effondrées avec l'augmentation du chômage. Le vrai problème de l'Argentine, c'est la formation des élites : Peron a fait de l'UBA le passage obligatoire des futurs hommes politiques : un centre de recrutement des partis pour ainsi dire. Mais l'UBA, c'est un véritable bordel ! Les professeurs sont parfois d'excellents chercheurs mais ils ne se donnent pas la peine de faire cours. Les étudiants choisissent leurs cours en fonction du nom du professeur, mais ce sont les assistants qu'ils trouvent en face d'eux. Cela fait 35 ans ou plus que l'UBA n'est plus que l'ombre d'elle-même. Et en même temps que l'UBA a décliné, la classe politique est devenue corrompue… Outre l'UBA, il existe de très bonnes universités publiques ; en face, il y a de grandes universités privées, comme Palermo, Belgrano ou l'UCA, que nous appelons les " supermarchés " de l'enseignement et qui n'ont pas un grand prestige académique. Enfin, il y a les petites universités privées comme Di Tella, l'ITBA, San Andres, le CEMA ou Austral (Ecole appartenant à l'Opus Dei) qui ont misé sur un petit nombre d'étudiants et des professeurs disponibles à temps plein.

UMAP : Quelle est l'histoire de l'Université Di Tella ?
M.A. : C'est l'entrepreneur Di Tella, notre Henri Ford national, (propriétaire du premier groupe industriel d'Argentine et constructeur des voitures qui portent son nom) qui a eu l'idée de créer l'Institut Di Tella et de le financer. Il s'agissait à l'époque d'un centre de recherche en sciences sociales et en art. Tous les artistes de l'avant-garde argentine ont été étudiants à Di Tella, et les cercles intellectuels des années 60 y ont fait leurs classes. Puis l'Institut disparaît faute d'argent, mais surtout à cause de la dictature militaire. Il est réapparu en 1992 en tant qu'université sous l'impulsion de Gerardo de la Paolera. C'était à l'époque la fin du gouvernement Alfonsin et la grande crise inflationniste de 1989. Ayant fait ses études en Europe, Paolera réalise qu'il n'y a pas en Argentine d'universités équivalentes à Harvard ou à Oxford. Il cherche à réunir ses amis argentins qui ont suivi le même cursus que lui, mais la plupart d'entre eux lui répondent : " Les universités ne se fondent pas, elles existent depuis toujours." Mais il ne se décourage pas, et commence les premiers cours avec 3 professeurs dans les anciens locaux de l'institut ! Au départ, l'université ne proposait que des formations en économie et en gestion, Puis elle a lancé les cours de sciences politiques, de droit et d'histoire. A long terme, l'institut Di Tella a l'intention de s'attaquer aux sciences exactes.

UMAP : Quelle est la philosophie de Di Tella ?
M.A. : Notre devise, c'est " Aprendar para protagonizar " : Apprendre pour jouer un rôle. Nous avons pour ambition de former une élite politique, économique et intellectuelle, en donnant à nos étudiants tous les atouts. Notre niveau d'exigence crée un malaise sur le marché de l'enseignement argentin ! Nous sommes pédants, prétentieux, élitistes… tout cela est vrai. Mais contrairement à la tradition argentine, nous ne nous contentons pas du par cœur. Nous faisons faire des dissertations à nos étudiants avec thèse, synthèse… Nous discutons en suivant une méthodologie, en acceptant toutes les idées. Je sais, pour vous Français, cela paraît évident, mais en Argentine c'est révolutionnaire. Enfin, pour répondre à ceux qui nous reprochent d'être trop cher, il faut savoir que 30% de nos étudiants touchent des bourses qui financent jusqu'à 40% des frais de scolarité.

UMAP : Parlez-nous du corps professoral…
M.A. : Les professeurs de Di Tella ont tous un PhD émanant d'une des vingt meilleures universités du monde ! Contrairement àla plupart des établissements privés, Di Tella privilégie la recherche : ils y consacrent deux tiers de leur temps. Ils ont une liberté totale dans le choix de leurs cours. En revanche, ils sont obligés de consacrer au moins deux heures par semaine à recevoir les étudiants qui en expriment le besoin. A la fin de l'année, ils connaissent tous les élèves par leur prénom. En retour, ils touchent trois fois le salaire des professeurs du public. Mais je vais vous dire l'essentiel : tous les professeurs ont le sentiment de participer à une aventure intellectuelle. Contrairement à ce qui se passe dans le reste du pays à cause de la crise, nos professeurs ne fuient pas malgré la chute de leur salaire et de leur pouvoir d'achat. Pourtant, leur niveau leur permettrait de trouver un poste n'importe où.

Federico Zaldud : begueta@hotmail.com
Gonzalo Aluarez Cañedo : gnr@yahoo.com
Mariana Barrera : mariambarrera@hotmail.com

© Un monde à penser 2002